28 oct. 2012

Madness "Oui Oui Si Si Ja Ja Da Da" Chronique de JUDGE FREDD


Hello !
C'est Judge Fredd. Les propos qui suivent n'engagent que moi et je sais bien, par ailleurs, que vous vous débrouillez très bien sans moi pour vivre votre passion pour le gang de Camden. Mais, comme tous les passionnés, on aime bien discuter, partager ses points de vue. Alors voici ma chronique...

"Uh Uh Oh Yeah". 1992, le retour de Paul Weller, un single au titre bizarre mais qui fonctionna bien. Je le pensais seul capable de faire ça. Mais c'était sans compter sur Madness.

Après le très littéraire et limite "acroydien" the Liberty of Norton Folgate (j'invente des adjectifs, comme les anglais !), il fallait oser sortir d'un certain romantisme londonien avec : "Oui Oui, Si Si Ja Ja Da Da" 3 ans plus tard. Ce nouvel opus a pour sujets principaux, non pas les ruelles de Londres, mais plus généralement l'amour, sous toutes ses formes et quelqu'en soient les issues, la communication (ou son manque) entre les gens et pas mal de poésie (positive, souvent). Essentiel, non ?



Il possède aussi des défauts. Et je vais commencer par ce qui me chagrine. Si on avait un vinyl entre les mains, on aurait un certain déséquilibre entre une première face gentille, tranquille à deux exceptions près et une face B franchement excellente. Les points faibles pour moi se situent tous dans la première partie : Misery, La Luna, Never Knew Your Name et la première version de My Girl2. Un peu trop de facilité dans l'écriture musicale, comme dans Misery qui a été dure à écouter jusqu'à la fin. Pourtant il possède un très beau texte qui me rappelle un peu celui de "Madness Is all In the Mind, "The remedy to be happy is in your head". Mais musicalement, en France, on n'a pas de chance, ce genre de musique est trusté par Patrick Sébastien and Co. Pourtant nos amis anglais nous assurent que le music hall britannique a souvent produit ce genre de morceau. Tant pis, j'aime bien quand Madness ne tombe ni dans la facilité, ni dans le cliché. 

Dans My Girl 2 aussi, cette facilité... un morceau de soul pur sucre sans véritable Madness "touch" (contrairement à Embarrassment) à part peut-être ces ponts en descente. Celà dit, Madness a commencé sa vie en se définissant comme groupe de dance music et My Girl 2 l'illustre très très bien. La Luna tombe aussi dans une grande facilité. Un peu trop de "Forever Young feeling" (cuivres, rythme, reggae...) dans ce titre. Heureusement, des finesses viennent tempérer cette impression : Suggs qui siffle ou bien la batterie de Woody, superbe ligne...Au niveau des paroles et des mélodies vocales, Madness a mieux à faire dans Never Kew Your Name, je trouve, un peu trop cliché, l'histoire d'un gars déprimé qui, en boite, rencontre une personne. Ca se poursuit dans la rue et se finit comme ça sans suite. Il ne sait ni son nom ni son numéro de tél.. Bref... Celà dit, musicalement, ici, le groupe a retrouvé son haut niveau, l'artillerie est là avec un Chris bluffant de gimmicks.Les violons ont été commandés pour l'occase, tout le monde a sa place dans ce titre...Et l'atmosphère triste ressort bien.

Bien. Maintenant, ce qui est réjouissant ! Et justement, on y trouve une recherche de l'expérimentation, un peu le contraire de ce qui précède. D'abord mention spéciale à Woodgate. C'est pas dans tous les albums de Madness que le batteur s'illustre de si belle façon dans la compo de morceaux. Ca fait du bien !!!! Ce sont ses morceaux qui raflent la mise. Small World : du grand art ! Pour moi, le meilleur de cet album ! Avec une de ces lignes de basse qui tourne comme une lionne en cage dès l'intro. Contexte : les émeutes d'Angleterre, l'an dernier et un des Woodgate, absent, essayant de communiquer et regardant les news 24/24. La femme de Woody est présente sur ce titre et assure la seconde voix. Morceau à l'atmospère inquiétante. Le piano de Mike avance d'abord doucement puis devient "baroque" dans un passage instru de haute volée ! 

Je continue dans le Woodgate World et j'y ajoute le frère Nick qui avait déjà oeuvré sur Wonderful. Avec Leon ! Tu peux me le passer pendant un quart d'heure de suite ce titre, je continue. Ca déborde, ça dégouline de pop, c'est pas pour rien que Madness est une institution en Angleterre. Les thèmes s'enchainent dans ce titre, combien ils vont en aligner ? Ca cligne des yeux vers les Beatles. 

Si Carl se perd dans Misery, on le retrouve superbe dans l'écriture de "How Can I Tell You ? " Comment vous dire ? Magistral ! Message poétique d'un père à son enfant de 6 ans . Petit manuel d'éducation de choses sérieuses et d'autres plus légères... . "open your heart" " try to be decent".... message de présence d'un père à son enfant. Et un retour sur un sujet essentiel :"Communication is a skill you must acquire, it will help you to your life... it is essential" vers-clef de cet album pour moi. Un morceau très bien ficelé : c'est dingue , ce qu'on peut faire sur deux accords. Du début à la fin, ce sont les deux mêmes. Des couplets presque dépouillés avec une belle basse dessus et un refrain entraînant, accrocheur aux multiples voix qui se répondent. Du Madness comme on l'aime sachant surprendre avec qualité et enrichir des structures simples ! A y regarder de plus près, on penserait presqu'à un "The Madness" apaisé, non ? 

Et ce Death of A Rude Boy, mélodica style mais pas seulement, avec des choeurs intriguants et une refrain bien conçu., Barso mettant un peu d'air dans tout ça. Le tout monté sur un accord... Black and Blue , dans un autre registre, tient de la grande classe. Il lorgne du côté ska du groupe, avec une basse très accrocheuse et un chant (ainsi qu'une ligne mélodique) particulier. Très entraînant, ce titre évoque quelqu'un, très blessé, qui revient de loin visiblement : "still on my feet", "the wind is on my back". 



Autant My Girl 2 première version n'est pas très originale, autant la seconde version est plus personnelle : présence de boites à rythme, changements de son, un côté presque plus artisanal...Enfin, Powder Blue, c'est mon petit chéri. Rejeton de "Africa" (sur le Liberty LP) peut-être. Titre lent aux paroles très très poétiques et à l'atmosphère presque parfaite. Une conclusion intense : violons, piano orgue, basse qui restent en suspens. Madness innove là et c'est bon... Bizarre, ce LP, on dirait que l'atmosphère des titres colle parfaitement à l'ambiance des textes. On le voit partout mais surtout dans Circus Freaks : titre rageur traitant de l'amour destructeur d'Amy Winehouse et son copain : "look at the debris that we have become". Un morceau innovant pour le groupe en termes de son, de structure....Quand Madness ne refait pas du Madness d'avant, j'aime.

Ce 10ème album : une hésitation entre recherche d'un nouveau son, belles écriture et orchestrations d'un côté et quelques facilités de l'autre... Mais franchement, quelque part, Madness écrit de nouveaux morceaux, en produit certains (pas assez à mon goût) en concert, va passer en France avec quelque chose à défendre et de ça en suis-je heureux? Oui Oui Si Si Ja Ja Da Da !

Judge Fredd

1 commentaire:

  1. Superbe! Je suis content, comme tu le sais de voir, que fan absolu ne rime pas forcément evec obtus. Un "Wellerien" était presque terrifié récemment à l'idée que je lui dise que je trouvais Sonik Kicks très en dessous, en densité, de bien des albums de Weller. Fan oui, dévot, non. Merci pour cette belle chronique.

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